Ludopoésie Tactique: 
             Création ludique, Science Fiction formelle

Ludopoésie-tactique : weB-LOG


Dessein et code

Cette article a été rédigé l'année dernière, et j'avais pour projet de le poster dès que la nouvelle version de ce site serait en ligne.

Mais j'ai oublié son existence jusqu'à cet instant, et je me dis maintenant qu'il présentait un intérêt suffisant pour mériter d'apparaître ici.

Je suis tombé ce jour sur cet article : http://mariejulien.com/post/2017/02/08/Le-design-dans-le-libre-:-pistes-de-réflexion

Il est toujours intéressant de se confronter à la vision de l'autre sur ce que l'on fait, à fortiori quand c'est une vision qui tâche d'être argumenté et qui dévoile ainsi le paradigme dans lequel il pense.

Et dans mon cas, un graphiste-marketeux est vraiment « l'autre ».

Qu'on m'entende bien; je travaille avec des graphistes, et j'enseigne occasionnellement Blender en master à Paris8 avec pour instruction particulière « en 30h, on a pas le temps d'être bon en 3D, alors il faut au moins que les étudiants ai les notions nécessaire pour savoir communiquer avec quelqu'un dont c'est le métier ».

De plus, mon métier est d'architecturer (et penser) des jeux, notamment vidéo; discipline pour laquelle on conviendra aisément que l'interface est une problématique centrale (et c'est donc aussi mon boulot).

Tout ces résumés un peu pédants pour placer une chose : je ne gagne pas ma vie avec mes compétences visuelles (bien qu'elles y contribuent), mais je suis très loin d'être béotien en la matière. Je juge nécessaire d'effectuer une telle précision en regard de l'argument d'autorité de l'auteur.

Souvenons nous d'une chose importante : être un pro signifie « gagner sa vie avec » pas « être compétent », la corrélation entre les deux est loin d'être une implication.

En réalité, l'auteur de l'article a raison : il se fait effectivement repousser bien vite par les libristes. Il commet une erreur cependant, en prenant pour acquis des choses que ces interlocuteurs ne partagent point.

Je suis un peu gêné d'expliquer à mes lecteurs non coupable d'un tel article ce qui semble être des évidences, je vais donc m'adresser directement à l'auteur de l'article sus-mentionné :

Vous ne comprenez pas, monsieur, l'Informatique. Savoir penser les systèmes d'informations change la vision que l'on a du monde, et les libristes sont une cristallisation possible (et humaniste) de ces changements.

Une partie de ces gens, ceux qui ont imprimé leur vision au mouvement, ont passé leur vie à étudier comment transformer des oscillations de charges dans de la silice en calculs susceptible d'améliorer la vie des hommes. Ils ont compris ou appris comment devenir aussi bête que la machine, pour, en retour lui insuffler un peu d'intelligence*. Ils ont crée des ponts symbolique entre la mécanique froide et entêtée d'une machine et la lente profondeur de l'esprit humain.

Ils les ont utilisé pour bâtir des outils dont ils firent eux-mêmes usage pour construire ce réseau maillé sur lequel a été assemblé la «toile d'araignée mondiale» via laquelle nous communiquons actuellement. Ils les ont utilisé pour créer des interfaces graphiques, palliant ainsi aux angles morts qu'avait les machines de l'époque, et créant par là même l'infographie algorithmique. Voyez vous, en cette époque reculée où les gens qui créait du visuel sur ordinateur le faisait en « codant », cette basse besogne que vous, directeur artistique, « ne devez pas plus apprendre que eux Illustrator ».

C'est à leurs héritiers que vous vous adressez. Des gens qui voient un problème et créent du mieux qu'ils peuvent un outil qui le résoud et choisissent de l'offrir au reste de humanité.

Lorsque vous vous attardez sur la position la couleur et l'animation de tel menu ou bouton, ils voient la puissance qu'ils donnent à l'utilisateur qui les manipules.

Et vous voilà, après la bataille, expliquant a ces gens comment ils auraient du créer; vous étonnant que les projets logiciels soient initié par ceux qui vont y consacré 99% du temps de travail nécessaire à leur aboutissement. Balayant d'un revers de main l'avis de ces gens concernant l'aspect que doit prendre leur outil parce qu'il ne partage pas avec vous les codes savants de la communication mercatique.

Mais, soit ces gens vous donne le pouvoir de prendre cette décision en leur nom parce qu'il vous reconnaisse légitime, soit vous tentez de leur appliquer votre avis, sans imaginer qu'il puissent être rationnel dans leurs visions du monde.

Vous dites ne pas donner d'avis sur «un repo de code» n'étant pas développeur, le comparant à un commentaire naïf concernant un logo. Mais ça n'est pas la même chose, je n'ai jamais vu aucun programmeur commentes le fichier d'un graphiste en disant « bon, j'ai renommer tes calques, tu fait du travail de cochon ». Par contre, être un type formaté sur la suite Adobe disant « Gimp est inutilisable » ne pose visiblement pas de problème d'ingérence dans le travail des programmeurs. Juger la résultante d'un code est la même chose qu'évaluer le résultat d'une démarche graphique. On est pas moins (et pas plus) légitime.

Oui, la conception d'interface est un métier, et un métier complexe, qu'il soit question d'ergonomie ou d'aspect, et il n'est jamais agréable de recevoir un jugement non-étayé sur un travail fournit.

Contrairement à ce qui se fait parfois dans l'entreprise, dans l'association être compétant ne veux pas dire automatiquement qu'on est légitime, ne vous en déplaise. On constate souvent que dans les association qui fonctionnent, le pouvoir est proportionnel à l'apport et l'investissement de la personne, pas de sa « compétence » (critère difficile à objectivé, surtout dans un vaste métier (d'ailleurs, évaluer les compétences des gens est un métier également parait-il, vous substituer-vous à eux en affirmant votre supériorité en la matière ?)).

Un programmeur qui ajoute une nouvelle fonction en débarquant dans un projet, va devoir la vendre, expliquer pourquoi sa modification est intéressante et apporte des choses, à fortiori si elle modifie les habitudes utilisateur. Pensez-vous vraiment que les avis concernant ce genre de choses sont toujours pertinents et étayés ?

Vous avez raison, l'aspect d'un programme est une chose essentielle. Cependant, vous ne détenez pas la Vérité concernant les constituants du dit aspect.

Pour être totalement sincère, ce qui me gène le plus dans votre article, c'est l'odieux mélange entre le dessein du logiciel et le positionnement marketing « si notre programme est utilisé massivement, il est meilleur que celui qui l'est moins ». Le libre a volonté, par structure, de détruire la hiérarchie entre le développeur et l'utilisateur, ou de la rendre le moins opérante possible.

Contrairement au logiciel privateur, il n'y a −aucune− condition à l'utilisation d'un logiciel libre, pas même l'acceptation d'un contrat de licence.

De la même façon, la tivoïsation a été exclue parce qu'elle instaurait −techniquement− ce pouvoir.

Dès lors, quelle légitimité a un publicitaire pour choisir à la place de l'utilisateur quels fonctions doivent être là et lequel non ? Quelle légitimité a-il pour avoir un marché cible, déterminer quel fonction serait trop complexe, trop marginale pour être présente ? Quelle légitimité pour affirmer que la ligne de commande est trop complexe pour le non-informaticien ? Connaissez-vous les procédures de lancement de jeu et de manipulation système sous DOS; les méthodes employées par les secrétaire pendant la transition mécanique/numérique des machines, et qui passait pour de la CLI ?

Pensez-vous qu'il est plus facile de crée une typographie correcte avec In-design qu'avec LaTeX parce que le premier est WYSIWYG et le second sémantique ?

Avez-vous remarqué que l'informatique est la seule discipline ou le « progrès » que propose les leaders du privateur fait régresser l'intelligence des interfaces et pré-suppose que les gens doivent de moins en moins comprendre de quoi il retourne ? Un enfant de 10 ans manie aussi habilement une tablette que le professionnel de 40 ; j'ai la sensation intime qu'un système qui rend l'expérience inutile (et donc la progression impossible) est aliénant.

Peut-on vraiment affirmer que le simplisme technique encourage l'amélioration de la compréhension du monde qui nous entoure ?

Avant que Firefox ne démocratise la notion de navigateur, combien pensaient qu'«Internet» était le petit e sur leurs bureaux ?

Combien de personnes lisent encore les modes d'emplois de leurs appareils et logiciels ?

Lorsque j'apprends à des jeunes à utiliser « man » ils semblent découvrir avec joie qu'on a pas à tâtonner sur des forums utilisateurs pour apprendre à utiliser un programme mais que les gens qui l'on conçut l'ont documenté.

Framasoft et sa dégoogleisation montre bien cette démarche, le maître mot est « cultivez votre jardin » et non « choisissez nous plutôt qu'eux ! ».

Oui, contribuer à un projet créatif associatif c'est écraser son égo et devoir prouver à l'altérité que notre compétence existe et que ce que l'on propose améliorera le projet tel qu'elle le voit.

Et c'est dur… parfois.

* ainsi disait mon prof de LISP
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Un peu de ludopoésie dans ce monde de brute

C'est après qu'il ait connu une venue au monde syncopée et erratique que je suis heureux de vous présenter les fondations « définitives » de ce blog.


Comme il est de bon ton, je vais tacher dans ce premier court article de me présenter et de décrire ce que je vais essayer de faire ici.

Qui suis-je ?

Je suis un Hacker et Ludopoète errant dans ce monde depuis moins d'une trentaine d'années. J'ai joué tout au long de mon existence et ai compris il y a un moment que c'est à ce sujet que je consacrerai ma vie.

Je suis fasciné par la capacité de notre cerveau à nous faire exister dans l'esprit d'un autre, fictionnel ou non.

Je suis fasciné par celle qu'il a de nous faire vivre des lieux, des êtres et des concepts qui n'existent que parce que notre cognition les anime l'espace d'un instant.

Je suis fasciné par la capacité que nous avons à initier des processus trop rapides pour que nous puissions percevoir autre chose que leurs conséquences, en les maîtrisant malgré tout.

Ce que vous trouverez ici

Pour faire court, les résultats de mes errances :

  • Mon métier est de créer des jeux, et bien que ce site dans son ensemble parle de mes principaux projets, ce blog en particulier présentera leurs avancements.
  • Des articles plus généraux sur la théorie du jeu (qui n'est pas la même chose que la théorie des jeux) et sur les propriétés de certaines mécaniques ludiques.
  • Je m'interesse à l'informatique et l'automatique sous un jour peu courant, et il m'arrivera parfois de poster certaines de mes réflexions ici.
  • J'aime bien faire des choses de mes mains et étant électronicien de formation, je préfère les trucs qui réagissent à ce qu'on leur fait (no pun intended). Pour l'instant, la majorité de ces choses on été faites parce que j'en avais l'envie ou le besoin. Mais si des gens sont intéressés, la perspective d'en faire quelques unes sur demande ne me déplaît pas.
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